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10.08.2005

1795. Les émigrés débarquent à Quiberon pour restaurer la royauté

 

Le 27 juin 1795, sur les plages de Carnac, une flotte à la solde de l'Angleterre débarque 5.400 émigrés venus rejoindre les Chouans de Bretagne. Leur objectif commun : restaurer la monarchie en France. Face à la réactivité et à l'organisation de l'armée républicaine, les Blancs se retranchent rapidement sur la presqu'île de Quiberon après avoir conquis Landévant et Auray. Pris au piège, émigrés et Chouans se déchirent, à l'image de leur commandement. Mais le courage de quelques chefs chouans ne suffit pas à sauver de la répression de nombreux royalistes. Sur les 6.262 personnes arrêtées, 748 sont fusillées. Trois semaines auront suffi à l'armée du général Hoche pour réduire le dessein royaliste en cauchemar. L'Histoire lui a laissé le nom d' «Affaire de Quiberon».

Les événements de Quiberon surviennent alors que la jeune Convention thermidorienne lutte contre les royalistes d'un côté, contre les jacobins de l'autre.
En septembre 1794, le Comte de Puisaye, véritable penseur du débarquement de Quiberon, gagne l'Angleterre pour solliciter l'aide des insulaires. Fort du soutien du comte d'Artois, frère du défunt Louis XVI, il persuade le gouvernement anglais du possible renversement de la République par le soulèvement de la Bretagne rejointe par les royalistes émigrés.
Avec le concours financier et matériel du premier ministre William Pitt, la flotte anglaise s'apprête à débarquer 5.400 hommes armés avec, à leur tête, le comte d'Hervilly. Puisaye, lui, est nommé général en chef de l'armée catholique et royale de Bretagne, par le comte d'Artois.
Profitant de l'offre de paix du général Hoche, le chef chouan des Côtes du Nord rend les armes en décembre 1794. La reddition du chef chouan modifie alors la destination du débarquement : il aura lieu en baie de Quiberon.
Dans le Morbihan, 12.000 Chouans guettent les voiles anglaises. Le 17 juin 1795 déjà, une division attaque par surprise une poudrerie républicaine, s'empare de la poudre, et la transforme, en famille, sous la forme de cartouches. Reste à attendre les armes anglaises.

Débarquement réussi

Samedi 27 juin, une escadre de 20 navires assure la protection de 97 bâtiments transportant armes, prisonniers français et royalistes émigrés en Angleterre. Les troupes sont débarquées sur les plages de Carnac.
Pour faciliter leur arrivée, les Chouans dispersent l'armée républicaine à terre. Ils conquièrent d'abord le bourg de Carnac, puis progressent rapidement dans les terres. En quelques jours, les royalistes se rendent maîtres de Sainte-Barbe, Auray, Mendon et Landévant.
Si l'avancée est incontestable, l'obéissance hiérarchique l'est moins. Le lendemain du débarquement, apparaissent déjà les premières divergences au sein des autorités de commandement. Sous les traits des comtes d'Hervilly et de Puisaye s'affrontent les deux frères de Louis XVI : le comte de Provence et le comte d'Artois.
Si d'Hervilly dépend de l'autorité anglaise, Puisaye tient la sienne de la France. Ainsi la distribution des armes amenées par les Anglais aux Chouans pose problème, tout comme la stratégie à adopter. Le 28 juin, les Blancs assistent à deux offices religieux, l'un sur la plage de Légénèse avec Puisaye, l'autre dans le bourg de Carnac avec d'Hervilly. O combien symbolique, ce conflit interne s'amplifie de jour en jour, à l'avantage des républicains.

Réaction républicaine

Dès le 27juin, le général Hoche fait l'inventaire des troupes à Vannes : 2.000 hommes seulement sont à sa disposition. Après de vaines sorties, Hoche reprend Auray et Landévant. Sa progression géographique va de pair avec la croissance de ses effectifs. Dès le 4 juillet, son armée compte 13.000 hommes.
De leurs côtés, les Blancs progressent vers Quiberon. Le 3 juillet, ils s'emparent du fort des sans-culottes, qu'ils rebaptisent aussitôt fort Penthièvre. Mais derrière eux, les républicains regagnent du terrain. Le 6 juillet, Hoche reprend Carnac.
Repoussés malgré eux, les royalistes se replient dans la presqu' île de Quiberon. C'est la panique populaire : des milliers de femmes et d'enfants qui ont cru en la victoire des Blancs suivent les «débarqués». Il faut le courage de quelques chefs chouans pour sauver ces populations de l'avancée des Bleus.
L'inaction des émigrés, sous le commandement de d'Hervilly, provoque la colère de Cadoudal. «Les monstres auraient dû être engloutis dans la mer avant d'être arrivés à Quiberon», lance le chef chouan. Le 7 juillet, les troupes d'émigrés et les Chouans sont piégés sur la presqu' île.

Du soutien venu des eaux

C'est Georges Cadoudal qui redonne espoir aux royalistes. Le 10 juillet, 3.500 Chouans embarquent pour Sarzeau avec l'objectif de gagner les Côtes du Nord pour y constituer une autre armée «blanche» qui surprendrait Hoche sur ses arrières.
Le 15 juillet, un second débarquement de 1.500 hommes à Quiberon, avec Sombreuil à leur tête, confirme l'autorité de Puisaye. Les Chouans multiplient alors les tentatives de sortie du fort Penthièvre, mais en vain. Les désertions du côté royaliste sont de plus en plus nombreuses, tout comme les victimes. Hoche profite alors des «fuites» de l'ennemi pour préparer l'assaut du fort tenu par 4.000 émigrés.

La prise du fort

Les trois colonnes républicaines sont prêtes à attaquer le fort. Ne manque plus que le mot de passe utilisé par l'ennemi pour lancer l'assaut. La nuit du 20 juillet, un déserteur fournit le code à Hoche. Le général donne le départ.
L'orage et le bruit des vagues couvrent les pas des 3.000 hommes qui attaquent le fort par le centre, la gauche et la falaise. Les navires anglais ont beau tirer, la riposte royaliste ne stoppe pas l'entrée des républicains dans le fort.
Conformément aux ordres de Hoche, les soldats royalistes sont massacrés sans pitié. Autour, les villages de la presqu' île sont repris un à un.
Côté Blancs, c'est la désorganisation totale. Puisaye bat le rappel des troupes vers les chaloupes anglaises. Lui-même prend le prétexte de mettre des documents à l'abri pour s'enfuir par la mer. Blessé le 16 juillet, d'Hervilly est évacué sur un bateau anglais. A Quiberon, le comte de Sombreuil tente de résister aux républicains. Femmes et vieillards se jettent à l'eau pour tenter de rejoindre une chaloupe, des Chouans se suicident, d'autres se noient.
Le 21 juillet, la reddition de Sombreuil sonne le glas de l'Affaire de Quiberon. Hoche forme des colonnes de prisonniers, Sombreuil en tête. Le cortège marche sans surveillance vers Auray, où les captifs sont entassés dans les églises.

748 fusillés

La répression de l'armée est implacable. Alors que les conventionnels de Paris tardent à prendre une décision, le directoire départemental demande l'exécution des principaux chefs royalistes à Vannes.
Près de 20 commissions militaires vont siéger pour juger ceux qui ont «servi contre la France». Sur les 6.262 personnes arrêtées, femmes et enfants sont rapidement relâchées.
Le 27 juillet, les 16 premiers condamnés à mort sont fusillés à Vannes, dont Sombreuil. Les exécutions se succèdent à Quiberon, Vannes, Auray et Port-Louis. Au total, 4.245 personnes passent devant les commissions. 74% d'entre elles seront acquittées, et parfois incorporées dans l'armée ou libérées contre des amendes en grains. 6% feront de la détention. Sur le nombre d'exécutés (17%), les émigrés, les nobles et les prêtres ont été les plus touchés.
Reddition ou capitulation, la question reste posée. La parole qu'Hoche aurait donnée à Sombreuil de laisser aux émigrés la vie sauve expliquerait pourtant que les prisonniers ne se soient pas échappés lors de leur transport «peu surveillé» vers Auray.
Quelques mois après l'Affaire de Quiberon, en octobre 1795, la Convention fait place à un nouveau régime, le Directoire. Mais l'insurrection existe toujours dans l'Ouest. Dès le mois d'août 1795, Cadoudal réorganise l'armée des Chouans et poursuit ses actions en Bretagne.

Béatrice Verstraete

Les traces du débarquement et de la répression

Cet épisode, qui démarrait sous les meilleurs auspices pour les royalistes, a tourné au drame. Carnac, Auray, Vannes et Quiberon ont gardé des stigmates du débarquement et de la terrible répression qui s'ensuivit. Des stèles et croix rappellent sur les plages de Carnac et de Quiberon le débarquement des émigrés. Le fort Penthièvre existe bien entendu toujours.
Dès 1795, les lieux d'exécution des émigrés et des Chouans sont appelés «champs des martyrs». 206 royalistes sont exécutés dans les marais de Kerzo, actuel champ des martyrs à Brech.
Sur place, les corps sont à peine ensevelis, si bien que les ossements remontent rapidement à la surface. Grâce à une souscription, la construction d'une chapelle à la Chartreuse d'Auray est entamée dès 1823 en mémoire des victimes royalistes de Quiberon.

Histoires de Bretagne - Supplément du Télégramme

Commentaires

Les suites de la disparition du dauphin n étaient-elles pas pour quelque chose dans toutes ces dissensions ? Voir "pour que le crime ne paie pas" de Guy de Georges de Lédenon. Et toutes les autres dissenssions "inexplicables" jusqu'à l'organisation du Petit Clamart.
Cordialement.
Jean-Pierre

Ecrit par : Besson | 16.08.2005

bonjour,

Existe-t-il une liste des personnes exécutées. Je recherche des infos sur Elie François Dominique Castin de Guérin de la Magdeleine qui aurait débarqué à Quiberon ( d'où venait-il?), co ndamné à Auray et exécuté à Vannes le 29 juillet 1795.

Merci pour votre aide.

Marie-Claire André

Ecrit par : Marie-CLaire André | 27.12.2005

Bonjour,

Existe t il une liste des fusillés à vannes et Auray ?
Je cherche des renseignements sur mes cousins:
Pierre Jacques de CORDAY ( oncle de Charlotte )
Charles Jacques François de CORDAY ( frère de Charlotte )

Merci et à bientôt

Jean-Robert VINCENT

Ecrit par : VINCENT J-R | 11.02.2006

Bonjour, oui il existe un ouvrage avec les listes completes des fusillés de Quiberon exécutés à Auray ou à Vannes. je me ferai un plaisir de vous communiquer son titre et autres références sous 48, heures. bachelot

Ecrit par : bachelot | 23.04.2006

J'ai un ancêtre qui a ete fusillé comme prêtre a Vannes et dont son Nom est gravé dans le Marbre sur la paque a Vannes

Jean Baptiste rené GAIGNET

Ecrit par : Maréchaud | 01.05.2006

Je recherche des infos sur une list des membres de la armée Royale ou des Princes, des nobles bretons qui aurait débarqué à Quiberon á 1795.

Merci,

Bernardo Pantin

Ecrit par : Bernardo Pantin | 05.06.2006

Bonjour, Pourriez-vous également me communiquer la liste des fusillés de Quiberon et Auray ?

Merci de me faire part des modalités y afférentes.

Cordialement

Evelyne Le Bozec

Ecrit par : le Bozec Evelyne | 28.09.2006

Un chef de Chouans, ancien greffier de Berné, originaire de Meslan , Jean-Joseph Salvar, a été compté à tort parmi les victimes de Quiberon et inscrit par le général Lemoine sur sa liste des condamnés à mort.
Son nom figurerait sur le monument de la Chartreuse d'Auray, sous le nom de Jean-Jacques de Salvart.

Quelqu'un pourrait-il confirmer cette information.

Pour de plus amples informations, me contacter .

Ecrit par : le Nigen Joseph | 27.12.2006

Possédant un exemplaire des "Débris de Quiberon " d'Eugène de La Gournerie, je suis prêt à communiquer les informations qui y sont contenues en particulier concernant les listes des fusillés. Il me semble que cet ouvrage est le plus précis sur la question. Par contre, je travaille depuis plusieurs années sur la biographie d'un ancêtre : J.M. Cabon de Kerandraon qui a été condamné à Vannes par la commission Bedos et fusillé à la Pointe des émigrés. Je recherche tout renseignement le concernant et en particulier la composition des bataillons qui ont débarqué. Originaire de Roscoff, il était proche des Pascal de Keranveyer et surtout des Dresnay... Appartenait-il à ce régiment ? Merci pour l'aide que vous pourriez m'apporter.

Ecrit par : Philippe Tanguy | 14.05.2007

Apparenté aux CABON de KERANDRAON dont je descends également je recherche des informations sur l'histoire de cette famille, sa généalogie, ses charges, ses personnages éminents etc... je pense que Philippe TANGUY pourrait me répondre... je suis également apparenté aux LE BAILLIF de PORSALUDEM dont le dernier
membre fut fusillé à Quiberon.

Cordialement

Philippe PRIOL

Ecrit par : PRIOL | 21.04.2008

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