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15.08.2005

Famine sahélienne: une réflexion iconoclaste ! - par Némo

Le sahel est la zone péridésertique qui marque la transition entre le domaine purement désertique et la zone de colonisation herbacée (en Afrique : les savanes).

Les déserts sont structurellement des zones de répartitions tropicales.

Ils existent aussi bien dans l'hémisphère nord que l'hémisphère sud et les plus désolés ne sont pas nécessairement ceux associés comme le Sahara au tropique du Cancer…

En Afrique du Sud (kalahari), en Amérique du Sud (Atacama) ou en Australie, on trouve des situations analogues où les carences pluviométriques sont pires.

Notre culture, la proximité géographique, la colonisation, nous ont conduit à être plus sensibilisés par les problèmes sahariens que par les autres, mais c'est en soi une grande injustice.

Il semble que le régime des précipitations en zones tropicales soit lié au phénomène de précession des équinoxes et de ce fait obéisse au fameux cycle de vingt six mille ans qui est celui de la rotation de l'axe de la terre…

Ceci explique pourquoi la désertification est cyclique, on en a des preuves historiques claires : ainsi, les savanes remontaient beaucoup il y a trois ou quatre mille ans, ce qui explique la présence courante d'éléphants à Carthage (si bien utilisés par Hannibal pour terroriser les Romains) ou en Nubie…il y a encore moins de trois mille ans !

Le sphinx de Ghizée, qui n'est pas une statue mais un monolithe dégagé du plateau et façonné dans la masse porte des traces très visibles d'érosion hydrogéologique… ce qui, au passage, pose un nouveau problème quant à sa réalisation repoussée de ce fait de plus de six mille ans, bien avant la civilisation pharaonique, mais c'est une autre histoire…

Très tôt dans l'histoire, les peuples de la zone sahélienne comprirent et s'adaptèrent par le nomadisme à ces zones inhospitalières où seules les périodes de précipitations permettaient l'apparition d'une végétation éphémère.

Ce nomadisme interdisait toute pratique culturale qui implique la sédentarité : ils se cantonnèrent donc dans l'élevage.

Ce mode de vie conditionnait aussi la limitation des populations à ces faibles ressources environnementales : disons en moyenne moins de 10 habitants par kilomètre carré. Mais cet habitus contribue également à la destruction par pâture du faible et éphémère couvert végétal… Et là est le plus grand danger !

Avec la colonisation sont apparus trois fléaux qui ont déstabilisé l'évolution de la population : la vaccination, la fin des guerres tribales et l'interdiction de l'esclavage. Les maladies contribuaient en effet largement à limiter la population en densité, les guerres tribales décimaient les plus turbulents et l'esclavage garantissait un prélèvement constant de quelques dizaines de milliers d'individus par an environ - pas plus, quoique de bons esprits mal informés en disent…Nous n'insisterons pas sur le fait évident que l'esclavagisme africain est un problème strictement endogène africain : les anti-esclavagistes modernes recherchent toujours aussi vainement des causes extérieures, des traces historiques de "bandes armées" venus les capturer - ! D'ailleurs le terme même de "traite" est clair : il s'agit bien de pur commerce. On achète des esclaves aux noirs qui ont asservis…d'autres noirs… Nous avons assisté à une très belle démonstration de la chose lors d'une émission de Thalassa du 13 août consacrée au Bénin (ex Dahomey) où un membre de la famille De Souza - descendants métissés d'un de ces juifs espagnols expulsés par Isabelle la catholique, primitivement partis avec Christophe Colomb pour devenir marchands d'esclaves indien puis "reconvertis" en Afrique au XVIe siècle - expliquait froidement : "Les Africains n'avaient pas l'habitude de vendre leurs esclaves. Ils l'ont fait parce que l'on leur en a demandé : s'il n'y a pas d'acheteur, il n'y a pas de vendeur" (sic !). Le système du "placement" d'enfants abandonnés à des familles contre argent (forme moderne de la chose), bien qu'aboli lors de la période coloniale, continue toujours, mais à une moindre échelle il est vrai. Pourtant voici deux ans, la Croix Rouge, à grand renfort de publicité, a rapatrié au Ghana 1500 enfants esclaves libérés et rendus à leurs parents…qui pourront donc les revendre une seconde fois, ce qui est tout bénéfice…

Historiquement, dans d'autre pays, d'autres systèmes sociaux limitaient aussi l'explosion démographique, comme l'existence du clergé au Thibet, voire en France qui a compté jusqu'à 30 % de la population, cantonnée ainsi dans le célibat, à la fin de l'ancien régime !

La décolonisation a conduit à la création d'états, sahéliens dans une grande proportion : Mauritanie, Sénégal, Haute-Volta, voire en totalité : Mali, Niger, Tchad, Soudan, etc…

Dans ces pays, on n'a rien eu de plus pressé que de sédentariser les populations pour mieux les diriger : les touareg sont les derniers à faire les frais de cette politique purement interne africaine, soulignons le bien !

Les progrès de la médecine aidant, on voit grimper la densité de population dans des proportions exponentielles complètement disproportionnées avec les capacités du milieu naturel ambiant sensé les faire vivre, surtout selon leurs modes traditionnels.

Le premier résultat est un surpâturage massif qui dégrade totalement les sols et un déboisement généralisé des pauvres épineux locaux (saxaouls ou acacias) qui servent de bois de chauffage : la cuisine est après la vaccination le second fléau moderne de ces zones !

Là sont les réalités : la famine est structurellement endémique dans ces pays et sera d'autant plus récurrente que la population augmentera !

Que l'on ne raconte surtout pas qu'il "suffit d'irriguer le désert", c'est la pire des stupidités: il n'y a que les salades de l'INRA qui "poussent dans l'eau" !

Pour amender une terre désertifiée ou en voie de désertification, il faut d'abord reconstituer un sol : un niveau humique, même de très faible épaisseur, où la microflore et la microfaune pourront se réimplanter, faute de quoi, le sol restera stérile. Il suffit de voir l'environnement radiculaire des plantes de dune pour réaliser que le sable ne suffit pas ! Loin s'en faut ! Les zones irriguées productrices de légumes au Niger par exemple sont des zones desséchées certes, mais où "la terre" n'avait pas encore été totalement balayée par le vent…

Le problème, dans sa globalité, est donc sans solution tant qu'on n'adaptera pas la population en nombre à ce milieu et il suffit d'un déséquilibre hydrique un peu plus accentué une année pour voir des catastrophes comme ce fut le cas en 1976.

Aujourd'hui, dans ces zones proportionnellement surpeuplées, le désert progresse de façon irréversible de 10 à 30 kilomètre par an.

Ces phénomènes sont bien connus, analysés depuis des années…

Dès lors, ou bien on procède à des exodes massifs, volontaires ou non, ce qui a toujours été le cas historiquement, ou bien on limite la procréation.

Reste à savoir si les gouvernements concernés se décideront à prendre les mesures qui s'imposent : une limitation drastique des naissances et une obligation de replantation d'un couvert arboré, seule condition pour limiter l'extension de la désertification.

Dans ce domaine là, les ONG devraient pouvoir faire un travail très utile !

Si on continue à encourager ces populations dans la voie d'un peuplement sahélien massif qui ne peut que dégrader cet environnement déjà très fragilisé, on court à une catastrophe totale !

"Leur donner à manger" est un geste de charité tout à fait compréhensible mais qui ne résout rien et n'est pas porteur d'avenir…

Cela n'apparaît pas très encourageant, mais il faut voir les choses en face : la situation climatique du Kalahari, de l'Australie méridionale ou de l'Atacama est bien pire, et pourtant on n'y observe pas de ces catastrophes humanitaires, tout simplement parce que la densité des population y reste stable et adaptée au milieu en fonction de leur mode de vie…

Némo

Commentaires

Ceci et tout à fait exact. Connaissez-vous le père Lunardini, dans le XIII° arrondissement de Paris ? Il agit au Sahel d'une manière très positive, peut-être pouvez-vous le contacter, hélas je ne me souviens plus du nom de son association.
Bien cordialement.
Jean-Pierre

Ecrit par : Besson | 16.08.2005

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